Shirlene Malambo Luna et Cindy Cedeño dans un Cuadro Vivo (Photo FILMAR)

EDITION FRANCAISE: Cinéma, engagement, art, patrimoine immatériel colombien, luttes convergentes, cultures ancestrales, revendications sociales et inclusives. Les quelques 24’700 spectatrices et spectateurs qui se sont rassemblés cette année à FILMAR, la plus grande manifestation culturelle de Suisse dédiée à l’Amérique Latine, ainsi que les invités à une soirée de gala à Berlin pour les European Films Awards 2023 décernés par l’Académie européenne du cinéma, ont pu voir un court-métrage saisissant : Flores del otro patio signé Jorge Cadena, jeune réalisateur et scénariste suisso-colombien, diplômé de la HEAD-Genève, après avoir étudié la photographie en Argentine.

Style percutant. Scénario foisonnant, images d’un esthétisme élégant, tels ces masques bleu et or portés par des personnages énigmatiques tapis entre les roseaux, plantes symbolisant une nature protectrice, qui si elle doit souvent plier face à des intérêts financiers, résiste vaillamment. Comme ces « fleurs de l’autre jardin », militants écologistes queer qui font irruption dans une réunion, s’insurgeant contre les propriétaires de la mine de charbon de Cerrejon, en Colombie.

« Une convergence des luttes convaincante, où la fiction s’inspire d’une mobilisation réellement en cours contre la plus grande exploitation à ciel ouvert d’Amérique latine, propriété exclusive de la multinationale Glencore », comme l’a résumé la journaliste Isolda Agazzi sur son blog Lignes d’Horizon.

Co-écrit avec sa sœur Li Aparicio Candema et bien filmé, Flores del otro patio, est une fiction inspirée de faits réels, œuvre cinématographique emblématique mettant en scène une mobilisation surprenante conjointe, forte de minorités engagées de la communauté queer décidées à défendre droits des femmes, droits des autochtones Wayuus, des afro-descendants et des petits paysans. Quinze minutes où couleurs, performances, paillettes et sens de la fête sont « détournées avec un prisme queer », affirme Jorge Cadena, qui rend par le septième art, la lutte des convergences en faveur de la protection de l’environnement entraînante et flamboyante.  

À Berlin, Flores del otro patio, fiction représentant la Suisse et la Colombie figurait parmi les cinq courts-métrages finalistes des prestigieuses reconnaissances du cinéma européen, après avoir été sélectionnée dans plus de 80 festivals et obtenu une quinzaine de prix.

Flores del otro patio, court-métrage de Jorge Cadena. (Photo: FILMAR)

À Genève, Jorge Cadena était aux côtés de deux artistes scéniques colombiennes, Cindy Cedeño et Shirlene Malambo Luna, créatrices de trois Cuadros Vivos, représentations publiques éphémères inspirées d’une tradition faisant partie du patrimoine culturel et immatériel colombien.

Arrivée à Genève en 2018, originaire de Cartagena de Indias, Cindy Cedeño est une artiste aux multiples talents. Études en communication sociale en Colombie, diplômée de la HEAD-Genève, médiatrice culturelle au Centre d’Art Contemporain de Genève et collaboratrice en médiation au MAMCO, elle développe des projets féministes, antiracistes et anticoloniaux en tant que directrice de l’association Equinoxe, avec la Red de Tamboreras de Suiza (Réseau de joueuses de tambour de Suisse), le collectif La Trenza et le groupe Na’ Ma’. Chanteuse, percussionniste, elle est également en charge des activités du jeune public et des relations avec les écoles au sein du Festival FILMAR en América Latina.

Le tableau vivant peut représenter une allégorie ou un motif de nature religieuse, morale, historique et parfois satirique, explique Cindy Cedeño. Il est devenu une référence à ses yeux lorsqu’elle s’est rendue dans la localité colombienne de Galera Sucre pour y rencontrer Shirlene Malambo Luna, artiste plastique et styliste capillaire originaire de Barranquilla, comme Jorge Cadena.

Diplômée de l’UNIBAC à Cartagena, Shirlene Malambo Luna, artiste scénique ouverte à différentes sources d’expression, a remporté plusieurs prix au Festival folklorique des Cuadros Vivos de Galeras. Son projet Peinado e’ Coco est une proposition performative s’exprimant par le médium artistique des coiffures, symboles d’une résistance inspirante.

Passeuses de mots, d’images, d’expériences, de non-dits et de techniques musicales et théâtrales, Cindy Cedeño et Shirlene Malambo Luna utilisent l’art comme outil de transformation sociale tout en sublimant les causes auxquelles elles tiennent, comme la lutte contre le racisme et l’exclusion.

Les deux jeunes artistes font la part belle à leurs racines afro-colombiennes et coutumes ancestrales, mettant notamment en avant l’importance de tresser leurs cheveux, comme de nombreuses femmes afro-descendantes. « À l’époque de l’esclavage, la façon dont les femmes tressaient leurs cheveux pouvait signifier des messages secrets, tout comme le rythme et la façon de jouer du tambour dans les communautés qui luttaient pour leur liberté », explique Cindy Cedeño, issue d’un métissage comprenant un grand-père espagnol et une grand-mère indigène et afro-colombienne.

Jorge Cadena, Cindy Cedeño, Shirlene Malambo Luna, trois personnalités aux talents complémentaires pour découvrir une autre Colombie.

À voir

Sur Arte jusqu’au 23 décembre 2023 : Flores del otro patio de Jorge Cadena

À lire

Flores del otro patio : des fleurs queers contre la mine de charbon, par Isolda Agazzi

À écouter

Retrouver Jorge Cadena, Cindy Cedeño et Shirlene Malambo Luna dans les podcasts de

Radio Geneva Latina et Radio Vostok sur le site de FILMAR : https://filmar.ch/podcasts/

Luisa Ballin est une journaliste italo-suisse accréditée à l’ONU, correspondante du magazine Global Geneva/Italo-Swiss journalist Luisa Ballin is a contributing editor of Global Geneva magazine.

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