Une vue de Zurich (Photo Luisa Ballin)

EDITION FRANCAISE: Les beaux jours, s’ils sont ensoleillés, sont propices à une ballade au bord du lac avec vue sur les Alpes pour apprécier l’art de vivre à la zurichoise. Avant de prendre le car pour un tour de ville guidé et voir défiler le musée national, la fameuse Bahnhofstrasse, l’imposant bâtiment de l’opéra (Opernhaus), le quartier universitaire avec sa très réputée École polytechnique fédérale (EPF) et les facultés de l´université de Zurich.

Une promenade ensuite dans la vieille ville, à travers le Münsterhof et ses maisons de guildes historiques, a été l’occasion de voir les églises Saint-Pierre et Fraumünster, charmante chapelle dans laquelle nous n’avons pas manqué de pénétrer le lendemain, pour admirer cet écrin spirituel serti de merveilleux vitraux dessinés par Marc Chagall. Fondée en 853 en tant que couvent, sous le nom d’église de Félix et Sainte Régula, Fraumünster a joué un rôle important dans le développement de Zürich, devenue au Moyen-Âge une cité florissante au large rayonnement.

Fraumünster, charmante chapelle avec les merveilleux vitraux de Marc Chagall. (Photo: Nadia Robert)

Le confort du car a permis de porter le regard sur la Goldküste, fastueuse côte dorée où se succèdent de luxueuses villas entourées de jardins soignés, dont celle de la chanteuse étatsunienne Tina Turner, naturalisée Suissesse, qui y réside depuis les années 1990.

À Meilen, le lac, scintillant au soleil d’un après-midi à température plaisante, invite à le traverser sur un ferry où véhicules et promeneurs se côtoient le temps d’être éblouis par un paysage enchanteur, avant de débarquer pour atteindre la station du téléphérique Adliswil-Fesenegg, quelques pas plus loin. Une cabine bondée mène au point d’observation Fesenegg, perché à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer, d’où la vue sur le lac, la côte et les Alpes est spectaculaire. Brève halte ensuite au restaurant de ce belvédère pour y déguster un café et une part de tarte faite maison, avant de se dégourdir les jambes dans les bois alentours puis de retourner en cabine pour redescendre au bord du lac.   

Nana par Niki de Saint Phalle. Cette sculpture a été exposée au Kunsthaus. (Photo: Nadia Robert)

Niki de Saint Phalle a illuminé le Kunsthaus

Entre-aperçu depuis le car, l’ensemble du Kunsthaus, dont la nouvelle partie a été dessinée par l’architecte britannique David Chippeerfield, est le plus grand musée d’art de Suisse. Il mérite une visite approfondie, pour y découvrir des expositions permanentes et la rétrospective exceptionnelle a dédiée à Catherine Marie-Agnès de Saint Phalle. Née en 1930, de mère américaine et d’un père aristocrate français, elle deviendra, grâce à ses talents multiples et à sa créativité féconde, l’artiste mondialement connue sous le nom de Niki de Saint Phalle, auteure, entres autres chefs-d’œuvres, de sculpturales Nanas hautes en couleurs et d’un Jardin des Tarots créé en Toscane.

Peintre, dessinatrice, sculptrice, performeuse, plasticienne féministe et avant-gardiste avec ses « Tirs » à boulets multicolores réalisés dans les années 1960, Niki de Saint Phalle formera avec le sculpteur suisse Jean Tinguely un couple artistique à l’imagination flamboyante. Pour la belle et rebelle, audacieuse et lumineuse, l’art sera une auto-thérapie qui l’aidera à surmonter les traumatismes infligés par un géniteur abuseur incestueux.

La rétrospective constituée d’une centaine d’œuvres a permit aux visiteuses et visiteurs, toutes générations confondues, de saisir la richesse et la subtilité de l’univers joyeux et parfois cruel de Niki de Saint Phalle, d’une grande diversité et sensibilité, doté d’un humour tout en légèreté. Son engagement lucide, pédagogique et ludique a en outre contribué à sensibiliser décideurs politiques et grand public autour de thèmes de société, comme le sida à l’époque.

« Ange protecteur » suspendu dans la grande halle de la gare centrale de Zurich. « Nana Mosaïque Noire » parée de morceaux de miroirs et de céramique éclatante. « Accouchement rose » d’une parturiente aux traits inquiétants. « Jardin des Tarots » assorti à la magie de l’Italie. Et « Hon », sculpture de 25 mètres de long pesant six tonnes, présentée pour la première fois au Moderna Museet de Stockholm, qui verra plus de cent mille personnes pénétrer à l’intérieur de cette femme stylisée et allongée que Niki de Saint Phalle surnommera « la plus grande putain du monde ». Des pièces géantes et impressionnantes qui contribueront à la notoriété internationale de l’artiste américano-franco-suisse.

Innovante, élégante, résistante et indépendante, Niki de Saint Phalle avait le don de ré-enchanter la vie, en faisant de ses blessures intimes un parcours brillant et foisonnant, récompensé entre autres distinctions par le Praemium Imperiale, prestigieux prix artistique décerné par la famille impériale du Japon.

L’artiste célébrée, qui a marqué l’histoire de l’art du XXe siècle, fut également une fille, mère et grand-mère au regard magnétique, comme l’illustre une photo figurant dans l’exposition. Elle décèdera en mai 2002 d’une insuffisance respiratoire due à l’utilisation de matériaux toxiques tels que le polyester et la fibre de verre. Ses Nanas, fières et imposantes, sont l’étendard que Niki de Saint Phalle plaçait haut, comme celle flottant à l’entrée de l’Académie d’architecture de Mendrisio au Tessin, fondée par les architectes Mario Botta et Aurelio Galfetti. 

Le café Odéon à Zurich. (Photo Luisa Ballin)

Terre d’asile pour écrire, penser et préparer la révolution

Parmi les réfugiés célèbres ayant trouvé à Zurich une terre d’asile figurent James Joyce, ainsi que le lauréat allemand du Prix Nobel de Littérature en 2029, Thomas Mann (né à Lübeck et mort en 1955 à Zurich) et deux de ses enfants, Klaus et Erika, qui se lieront d’amitié avec la journaliste et écrivaine zurichoise Annemarie Schwarzenbach. D’autres grandes figures ont également vécu dans la ville traversée par la Limmat, comme Richard Wagner, Albert Einstein, Paul Nizon, Max Frisch, Johanna Spyri (l’auteure de Heidi) et une belle brochette de dadaïstes. Sans oublier un certain Vladimir Illich Oulianov dit Lénine, qui habita au numéro 1 de la Spiegelgasse, la rue rendue célèbre par le Cabaret Voltaire.

À Zurich, Lénine planifiera la révolution, avant de monter dans un train, du 27 mars au 3 avril 1917, en pleine guerre et bénéficiant de l’immunité diplomatique octroyée par l’Allemagne, pour s’en aller prendre la tête de la Révolution d’Octobre, accompagné d’un groupe de sympathisants, ouvrant ainsi la voie à l’instauration de l’Union soviétique.

Révolutionnaires, artistes, écrivains et simples citoyens ont de tous temps apprécié de converser dans les cafés. Déjeuner à l’Odéon est l’occasion de se plonger dans l’histoire de ce lieu qui fut fréquenté par des personnalités dont les photos des plus illustres d’entre elles figurent sur la devanture de cette adresse devenue mythique.

Un article paru dans le quotidien français Le Figaro, intitulé Le café Odéon à Zurich, antichambre des révolutions illustre sa renommée. Depuis plus de trois siècles, le café est un lieu de liberté emblématique de la vie intellectuelle sur le Vieux Continent. Là se fréquentent penseurs, écrivains et artistes. Les idées bouillonnent à la faveur des conversations, avant de se cristalliser dans des œuvres et de se diffuser dans la société. Voyage parmi ces cafés illustres que l’Encyclopédie appelait des « manufactures d’esprit », pouvait-on lire sous la plume de Ronan Planchon, le 12 août 2021.

Zurich a également vu germer les prémisses d’ouvrages majeurs. Le romancier et poète irlandais James Joyce y a séjourné et c’est là qu’il a écrit la première moitié de son livre le plus connu Ulysse. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’il est mort, en 1941. Joyce s’installe à Zurich en 1915. Contraint de quitter Trieste à cause de la Première Guerre mondiale, il a trouvé refuge en Suisse. Professeur d’anglais, il a déjà publié des poèmes, le recueil de nouvelles Les Gens de Dublin (1914), ou le roman autobiographique

Portrait de l’artiste en jeune homme (1916). Joyce compose les premiers chapitres de son chef-d’œuvre au premier étage d’un immeuble de l’Universitätstrasse 38, où figure aujourd’hui une plaque commémorative, comme l’a rappelé le journaliste Julien Burri, dans le quotidien suisse Le Temps, en date du 27 janvier 2022.

Flâner dans les ruelles de la vieille ville et pousser la porte du Cabaret Voltaire permet de se remémorer quelques temps forts de l’expérience dadaïste. Fondé par le pianiste Hugo Ball et la chanteuse Emmy Hennings en 1916, le Cabaret Voltaire, doit sa notoriété au poète Tristan Tzara et au peintre Jean Arp.

Considéré le berceau du dadaïsme, mouvement artistique qui mettait au défi les interrogations d’un monde traumatisé par la Première Guerre mondiale, grâce à la littérature, la danse, la peinture et des concepts novateurs proposés sur scène.

La légende dit que Ball et Hennings manquant d’argent pour réaliser des travaux avaient demandé à leurs amis artistes de leur prêter des œuvres pour décorer les murs du cabaret. C’est ainsi que se retrouvèrent exposées quelques figures de l’avant-garde et notamment Modigliani, Picasso, Kandinsky, Klee, Léger ou Matisse. Le Cabaret Voltaire propose aujourd’hui des expositions, performances et débats dans la salle historique et la cave voûtée. Le soir, prendre un verre au bar des artistes Künstler:innenkneipe est recommandé par les initiés.

À Zurich, il est aussi suggéré de déambuler dans les rues piétonnes du Niederdorf et celles du quartier Schipfe. Ou de traverser ses parcs, dont le suggestif China Garden. Avant d’aller visiter, non loin de là, près du lac, le Pavillon Le Corbusier, dernière œuvre de l’architecte le plus innovant du XXe siècle, qui avait vu le jour à La Chaux-de-Fonds.

Né de la rencontre du Corbu avec la galeriste zurichoise Heidi Weber, ce bâtiment coloré a été construit en verre et acier, selon le système du Modulor qui détermine les proportions au nombre d’or. Achevé en 1967, il est placé sous la direction du Museum für Gestaltung. L’œuvre et le rayonnement de Le Corbusier sont ici thématisés lors d’expositions, manifestations et ateliers. Un coin bibliothèque permet de parcourir de nombreux ouvrages sur ou écrits par le précurseur de l’architecture moderne, dont 17 de ses sites sont inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Comme l’indiquent Stephen l’Irlandais, son épouse tessinoise Gisella et leur fille Stella, ainsi que la Milanaise Carola et son amoureux neuchâtelois Matthieu, heureux de résider à Zurich, la ville phare de la Suisse alémanique offre aussi un vaste choix de spas pour se relaxer et régénérer le corps et l’esprit. Bains orientaux, bains publics, piscine sur le toit, hammam dans les hôtels, au bord ou en traversant le lac et même un complexe de bains thermaux situé dans une ancienne brasserie réhabilitée sont une manière de terminer le séjour zurichois par un moment consacré au bien-être.  

Quelques liens pour informations :

Info@zuerich.com –  Zurich Card

https://www.zuerich.com/fr/visite/shopping/tourist-information

https://www.zuerich.com/fr/visite/visites-guidees-excursions/visite-de-zurich-et-voyage-en-bateau-0

https://www.kunsthaus.ch

https://www.laf.ch/en/home

https://www.zuerich.com/fr/visite/restaurants/cafebar-odeon

https://www.zuerich.com/fr/visite/bars-lounges/barcafe-cabaret-voltaire

https://pavillon-le-corbusier.ch/fr/ – En pause saisonnière jusqu’au 20 avril 2023

À lire :

https://www.lefigaro.fr/vox/culture/le-cafe-odeon-a-zurich-antichambre-des-revolutions-20210812

https://www.letemps.ch/culture/joyce-ecrivait-ulysse-zurich

Niki de Saint Phalle – Kunsthaus Zürich – Schirn Kunsthalle Frankfurt.

Le petit guide de l’église Fraumünster de Zurich