Table pour trois à New York est un journal intime, un récit polyphonique qui met en scène Gabriel, Norah, Alicia, Charles, Rachel et une belle-mère envahissante mais très aimante. Voyageant entre Paris et New York, ces personnages vivent une vie aisée : un jeune chef, étoile montante de la gastronomie, aime et est aimé de son épouse musicienne qui lui a donné de beaux enfants. Comblé, il file en outre le parfait accord professionnel avec sa séduisante sous-cheffe, tout en étant choyé par un oncle et une tante qui l’ont élevé comme un fils à la mort prématurée de ses parents. Un bonheur sans nuage, jusqu’au jour où…

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Évoquant questionnement sur le couple, réussite sociale, vie de famille et non-dits, ce premier roman à rebondissement ne fait pas l’impasse sur une invitée inattendue : la maladie et les bouleversements qu’elle va entraîner dans la vie des personnages.

Les voies d’une passion sont infinies, celles du désir toujours mystérieuses. Et la mémoire n’est pas toujours sélective. Comment et pourquoi devient-on écrivain ? Elie Bernheim évoque sa plongée dans l’écriture avec l’allant d’un jeune premier romancier. « J’ai eu envie d’écrire un livre depuis toujours. J’ai souvent commencé et rarement achevé mes récits. Pour des raisons professionnelles, je suis parti vivre avec ma famille une année à New York. Fort d’un peu plus de temps que celui dont je dispose normalement à Genève, ville où nous sommes revenus, j’ai commencé à rédiger ce premier roman. J’ai trouvé le temps et la quiétude pour aller au bout de mon rêve en réussissant à le faire aboutir ».

Pascal Vandenberghe, le PDG de Payot, affirme qu’écrire un livre donne un statut, une forme de consécration, une autre dimension. Elie Berheim aurait-il la même sensation ? « J’ai du mal à définir la dimension dont il parle. Je sais simplement qu’écrire ce roman m’a permis de m’évader, de créer un monde. J’ai pris un plaisir infini à le faire, à tel point que lorsque l’on y a goûté, on a envie de continuer ! Que le succès soit ou pas au rendez-vous, je souhaite poursuivre l’aventure ».

Dans son premier roman, Elie Bernheim fait la part belle à l’amour et à deux de ses passions : la gastronomie et la musique, qu’il pratique. Table pour trois à New York serait-il inspiré de la vie de son auteur ? « Ce livre n’est ni une autobiographie ni une autofiction. C’est un roman. Il est vrai que j’ai un intérêt très prononcé pour la musique depuis ma prime enfance. Et la gastronomie est aussi très présente. J’adore manger ! Je suis un fin gourmet. Ces deux univers m’inspirent énormément », affirme le néo écrivain qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

« Je prépare en effet une suite. Je me suis attaché aux personnages de ce premier roman et j’ai envie de leur donner plus de profondeur et d’âme, de les étoffer. Certains d’entre eux vont continuer d’exister », assure-t-il.

Entre passions et horlogerie

L’horlogerie, domaine professionnel dans lequel Elie Bernheim excelle, trouvera-t-elle une place dans un prochain livre ? « Ce n’est pas le cas dans la suite que je rédige. Peut-être parce que je n’ai pas envie de mêler les univers. Je suis né et j’ai grandi dans l’horlogerie. Je ne souhaite pas pour le moment l’inclure dans l’écriture. D’autres univers m’inspirent », répond l’homme arrivé à la tête de la marque Raymond Weil il y a six ans. L’horlogerie étant une composante essentielle de l’image de la Suisse, comment la voit-il évoluer, suite à la crise du coronavirus ?

« Il est évident que la Covid-19 a un impact majeur sur l’industrie horlogère. Il y aura un avant et un après Covid-19 pour tous et il sera très marqué pour l’industrie horlogère. Cela aura un effet accélérateur et ce sera, je l’espère, l’occasion de remettre en question notre savoir-faire, notre façon de concevoir le business model. L’horlogerie suisse a évidemment un avenir. J’y crois énormément, mais cela va passer par un vrai changement dans l’approche du marché et vis-à-vis des consommateurs, pour échanger en direct avec eux », estime l’entrepreneur devenu écrivain.

Elie Bernheim constate qu’il y a de moins en moins d’intermédiaires dans la chaîne de distribution. « Lorsque j’ai repris la marque Raymond Weil, les distributeurs étaient très nombreux, quasiment un par marché. Aujourd’hui, nous avançons en créant un lien direct entre marques et consommateur. La valeur horlogère suisse est importante, mais il faut être capable de mieux la raconter. En Suisse, nous avons un savoir-faire unique, à nous de savoir le cultiver et de nous différencier ».

Entre pandémie du coronavirus et essor de la montre connectée, « un élément perturbateur depuis quelques années, que certains ont vu venir et d’autres un peu moins », Elie Bernheim admet qu’il est primordial pour la marque qu’il dirige, et pour la branche horlogère suisse, de se réinventer. « À nous de redéfinir notre colonne vertébrale et, sur cette base, de construire l’avenir. Lors d’une discussion avec nos équipes, j’ai dit que le temps est venu de faire notre mue. Nous devons être capables d’évoluer dans le développement des produits et dans la communication avec nos consommateurs, qui seront toujours très nombreux dans l’horlogerie suisse ».

Tout comme l’industrie, les salons de l’horlogerie ont-ils un avenir ? « Je fais partie de ceux qui considèrent que le salon, tel que nous l’avons connu pendant des décennies, n’avait plus sa raison d’être. C’est pour cela que, avant même que la foire de Bâle (Baselworld, ndlr) tire un premier rideau, nous avions décidé l’année dernière de ne pas y participer, alors que nous étions une marque importante de la halle. La question qui va se poser pour les futurs salons, s’ils auront lieu, est de voir ce qu’ils vont proposer de novateur », conclut Elie Bernheim.

Luisa Ballin est une journaliste Italo-suisse qui collabore régulièrement avec le magazine Global Geneva. 

Italo-Swiss journalist Luisa Ballin is a contributing editor of Global Geneva magazine.

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