Le Yémen est l’un des pays les plus invivables pour les enfants et les mères – UNICEF

Que reste-t-il du Yémen, ce pays passionnant décrit par l’écrivaine et grand reporter suisse Laurence Deonna dans le livre qu’elle lui avait dédié ? Il est devenu l’un des pays les plus invivables pour les enfants et les mères, affirme le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). La guerre qui déchire ce pays enclavé au sud de la péninsule arabique a entraîné l’une des plus grandes crises humanitaires au monde, la pire de tous les temps.

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(Photo: UNICEF)

Edition Française: Alix Reboul-Salze, attachée au bureau de l’Unicef au Yémen, explique à Global Geneva que la crise humanitaire yéménite résulte d’une convergence tragique de plusieurs menaces pour le pays depuis l’intensification du conflit il y a presque sept ans : un conflit violent qui dure, une crise économique profonde, des infrastructures et des services délabrés dans tous les domaines – santé, nutrition, eau et assainissement, protection et éducation, une réponse de l’ONU sous-financée, sans oublier la pandémie de COVID-19.

« Ces facteurs s’ajoutent à des éléments qui de longue date ont fait du Yémen l’un des pays les plus invivables pour les enfants et les mères : de la nourriture de mauvaise qualité et en quantités insuffisantes ; des taux élevés de maladies transmissibles, des niveaux élevés de malnutrition, un accès limité aux services de santé, de mauvaises conditions d’assainissement et d’hygiène et l’incapacité de nombreux enfants à accéder à des soins de santé primaire, y compris à des vaccins essentiels tels que ceux contre la polio ou la rougeole », ajoute la représentante de l’UNICEF.

« Les enfants au Yémen luttent pour survivre à l’une des pires crises humanitaires au monde. Après bientôt sept ans de conflit, près de quatre enfants sur cinq – 12,3 millions – ont désespérément besoin d’aide. Des dizaines de milliers d’enfants sont morts à cause du conflit, de malnutrition, ou de maladies évitables. Quatre millions de Yéménites, dont 1,7 million d’enfants, ont été forcés de quitter leur maison et vivent dans des camps ou des implantations sauvages dans d’autres endroits du Yémen », souligne-t-elle.

Les chiffres qui illustrent le drame vécu par les plus jeunes se passent de commentaires : 80 % de la population, dont 10,2 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence ; près de 2,3 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë ; près de 400 000 d’entre eux souffrant de malnutrition aiguë sévère pourraient mourir en l’absence d’un traitement urgent.

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Les décideurs politiques du sort du monde regardent ailleurs, faignant d’ignorer les conséquences de l’effondrement économique sur la situation humanitaire au Yémen. « Si des mesures efficaces ne sont pas prises d’urgence, des millions de personnes pourraient sombrer dans la famine », avertit l’UNICEF.

Photo UNICEF

Ce dont les enfants du Yémen ont avant tout besoin, c’est une paix durable. L’incurie de la communauté internationale exaspère et l’impatience face à cette tragédie est palpable. La survie immédiate de milliers d’enfants, mais également l’avenir du pays dans son ensemble sont menacés. Qu’il s’agisse de malnutrition, d’une absence d’éducation ou du conflit qui s’éternise, les enfants font face à de multiples menaces. Diplomate, la représentante du Fonds des Nations Unies pour l’enfance déclare que l’UNICEF continue de travailler chaque jour avec ses partenaires sur le terrain pour protéger et venir en aide aux enfants les plus vulnérables. « Mais nous avons toujours plus besoin de soutien pour continuer à apporter une aide humanitaire », qui se chiffre à quelque 500 millions de dollars. Les enfants et des communautés entières subissent l’impact dévastateur du conflit et s’ajoutent désormais les conséquences sanitaires et économiques catastrophiques de la pandémie de COVID-19.

Misère et malnutrition font des ravages dans un Yémen appelé jadis le pays de l’encens, le royaume de la Reine de Saba, l’Arabie heureuse. « Le taux de malnutrition est l’un des plus élevés au monde. Pour répondre à cette situation, nous avons besoin du soutien des donateurs en faveur d’un ensemble de services élémentaires comprenant le traitement contre la malnutrition aiguë, l’accès aux services de santé primaire, et l’accès à de l’eau potable et à l’assainissement », alerte l’UNICEF.

Face à cette tragédie, le Secrétaire général de l’ONU António Guterres avait déploré, le 19 janvier dernier, les frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite sur la capitale yéménite Sana’a qui avaient fait de nombreuses victimes. Dans une note à la presse, le chef de l’ONU avait rappelé à toutes les parties en conflit leurs obligations « en vertu du droit international humanitaire de protéger les civils, en respectant les principes de proportionnalité, de distinction et de précaution ».

Abdulmalik Ahmed Abdo Alolaiby – 4 mois – reçoit un vaccin oral au centre de santé Al Theebah, Districte de Mabyan, Hajjah, Yemen. (Photo: UNICEF)

Les attaques aériennes contre la capitale du Yémen avaient fait suite à des frappes de missiles et de drones sur des cibles aux Émirats arabes unis, qui est un membre de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Revendiquées par les forces rebelles d’Ansar Allah – plus communément appelées Houthis – les attaques avaient frappé l’aéroport international d’Abu Dhabi et une zone industrielle voisine, faisant apparemment trois morts parmi les civils. Le Secrétaire général de l’ONU avait également condamné cet acte.

La PEC soutient un appel en faveur de quatre journalistes yéménites

L’ONG Press Emblem Campaign (PEC), basée à Genève, se joint à l’appel lancé le 7 février par la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et le Syndicat des journalistes yéménites (YJS) afin de sauver la vie de quatre journalistes au Yémen : Abdul Khaleq Amran, Tawfiq Al-Mansouri, Harith Hamid et Akram Al-Walidi, arrêtés le 9 juin 2015 à l’hôtel Dream Castle à Sanaa. Leur arrestation avait été motivée par leurs reportages sur les violations des droits de l’homme commises par les forces houthies, qui les ont accusés d’« espionnage pour des États étrangers et de diffusion de fausses nouvelles ». Depuis leur arrestation, ils ont été soumis à une série de violations : disparition forcée, torture physique et psychologique, déni du droit de recevoir des visites et du droit d’accès aux soins médicaux. Ces actions violent toutes les conventions et normes internationales relatives au traitement des prisonniers.

Ces journalistes sont dans le couloir de la mort. « La FIJ et le YJS cherchent à accroître la pression sur Ansar Allah pour qu’il les libère et pousse les acteurs clés de la communauté internationale à placer la vie de nos collègues en tête de leurs priorités. Signez la lettre ouverte adressée à l’envoyé des Nations Unies au Yémen pour qu’il traite d’urgence cette affaire et fasse pression sur les organes gouvernementaux et intergouvernementaux concernés pour exiger que cette question soit traitée en priorité ».

Les signataires de la lettre ouverte demandent également d’assurer la participation de la YJS à la prochaine réunion du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève pour soulever cette question en particulier et la situation critique des travailleurs des médias yéménites en général.

Par ailleurs, la Press Emblem Campaign (PEC), organisation non gouvernementale avec statut consultatif spécial à l’ONU, indépendante et à but non lucratif, regrette le meurtre du journaliste Mervan Yusuf dans les combats à Harad, annoncé par le vice-ministre de l’Information du Yémen Abdukbasit al-Qaidi sur son compte Twitter. Le journaliste est décédé dimanche alors qu’il couvrait les affrontements entre les forces gouvernementales yéménites et les rebelles Houthis, dans le nord-ouest du pays.

Luisa Ballin est une journaliste Italo-suisse qui collabore régulièrement avec le magazine Global Geneva. 

Italo-Swiss journalist Luisa Ballin is a contributing editor of Global Geneva magazine.

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