Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme dans les Territoires palestiniens occupés depuis 1967. Photo Conseil des droits de l'homme de l'ONU/Sérine Meradji.

EDITION FRANCAISE: Dans un communiqué, Tlaleng Mofokeng, Rapporteuse spéciale sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible, et Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les Territoires palestiniens occupés depuis 1967, ont déclaré : « Nous sommes consternées par le massacre de civils par les forces israéliennes dans la bande de Gaza. Le monde est témoin du premier génocide montré en temps réel au monde par ses victimes et justifié de manière insondable par Israël comme étant conforme aux lois de la guerre ».

« À la suite du siège et de la destruction de l’hôpital Al-Shifa, qui ont duré deux semaines et au cours desquels des professionnels de la santé et des patients auraient été tués, nous demandons instamment aux États membres des Nations unies de mettre en œuvre toutes les mesures diplomatiques, politiques et économiques possibles, ainsi que les procédures juridiques, pour mettre un terme à cette horreur. L’ampleur de cette atrocité n’a pas encore pu être entièrement documentée en raison de sa gravité, et elle représente clairement l’assaut le plus horrible contre les hôpitaux de Gaza », ont ajouté les deux expertes.

L’hôpital Al-Shifa était le plus grand fournisseur de soins de santé à Gaza et sa destruction a été décrite par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme ayant « arraché le cœur du système de santé ». En le détruisant, Israël refuse l’accès aux soins de santé à ceux qui en ont le plus besoin.

« À ce stade, nous ne parlons plus de disponibilité, d’accessibilité, d’acceptabilité et de qualité des soins de santé reçus dans la dignité, mais de l’anéantissement de toute infrastructure capable de fournir les premiers soins de base. La destruction délibérée des infrastructures de santé à Gaza a créé des conditions calculées pour détruire la population en détresse et traumatisée. Il y a un besoin urgent de nourriture, d’eau, d’abris, de carburant, de soins de santé d’urgence, de soutien psychosocial et de premiers secours psychologiques. Les stratégies adoptées par les dirigeants mondiaux et les États membres n’ont pas réussi à mettre un terme à cette violence flagrante et grotesque qui perdure », ont dénoncé les deux Rapporteuses spéciales.

L’ONU rappelle que les rapporteurs spéciaux font partie des procédures du Conseil des droits de l’homme. Ces expertes et experts travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et travaillent à titre individuel.

« Anatomie d’un génocide »

Francesca Albanese a publié le 26 mars dernier, au Palais des Nations, son quatrième rapport sur la situation des droits de l’Homme à Gaza intitulé “Anatomie d’un génocide”. La Rapporteuse spéciale pour les Territoires palestiniens occupés depuis 1967, mandatée par le Conseil des droits de l’Homme mais ne s’exprimant pas au nom de l’organisation, a affirmé qu’il “existe des motifs raisonnables” de croire qu’Israël a commis des “actes de génocide” dans le cadre de la guerre à Gaza.

Si Israël et les États-Unis n’ont pas participé aux discussions, un grand nombre de pays ont apporté leur soutien à l’experte indépendante de l’ONU interdite d’entrée sur le territoire israélien et à Gaza après des propos sur l’attaque du 7 octobre jugés “antisémites” par Israël.

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue au Palais des Nations, Francesca Albanese a rappelé que dans ses recommandations elle demande notamment un embargo sur les armes et des sanctions à l’encontre du gouvernement israélien « comme cela a été fait à l’encontre d’autres États qui ont violé le Droit international ».

Répondant à une question de Global Geneva sur ce qu’elle attendait de la Suisse, dépositaire des Conventions de Genève, des pays de l’Union européenne et des États-Unis, la Rapporteuse spéciale sur les Territoires palestiniens occupés depuis 1967 a répondu : « Je demande à tous les États de prendre les mesures nécessaires pour se conformer au Droit international et en particulier à la Convention sur le génocide qui stipule l’obligations des États de prendre toutes les mesures pour empêcher qu’un génocide soit commis. L’on peut encore sauver des vies et arrêter la descente vers l’abîme ».

Et Francesca Albanese de poursuivre : « J’attends des États-Unis, peut-être un miracle. Qu’ils écoutent aussi leur peuple. Partout, des gens manifestent pour demander un cessez-le-feu permanent. Et bien sûr la libération des otages, et de toute personne détenue arbitrairement, dont des milliers de Palestiniens qui sont dans cette situation. Je demande à l’Union européenne de suspendre les partenariats que ses pays membres ont avec Israël. Pourquoi les produits venant des colonies sont-ils sur le marché européen ? Ces produits, qui sont l’émanation d’un crime de guerre, ne devraient pas rentrer dans le marché européen. Il y a une tendance à normaliser la monstruosité qu’est l’occupation qui dure depuis 56 ans. Il faut que les pays se réveillent et changent de démarche ».

La Rapporteuse spéciale n’oublie pas l’UNWRA, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, Jordanie, Syrie et au Liban, depuis 1949. L’agence onusienne précise avoir perdu 177 collaborateurs tués lors de bombardements de l’armée israélienne. « J’attends de la Suisse et des autres États membres qui ont suspendu leurs subventions à l’UNRWA qu’ils les rétablissent. Je sais qu’en Suisse un débat a lieu pour savoir s’il faut continuer à soutenir l’UNRWA. Il y a un peu partout une amnésie sur ce qu’est l’UNRWA et sur le rôle de l’Assemblée générale de l’ONU. Le futur de l’UNRWA ne peut pas se décider au niveau des États individuellement. S’ils ne sont pas contents avec le travail de l’UNRWA, ces États doivent en discuter au sein de l’Assemblée générale de l’ONU qui a seule le pouvoir de changer le mandat de l’UNRWA ».

La Suisse s’est toujours définie comme un pays neutre. « Neutralité ne signifie pas silence absolu. Il faut prendre des décisions qui ne signifient pas entrer dans la dynamique politique du conflit. Mais le niveau de violations commises contre les civils à Gaza impose une prise de position forte. L’Article 1 des Conventions de Genève parle de respecter et d’assurer le respect du Droit international humanitaire. Et cela, je ne le vois ni en Suisse ni ailleurs », conclut Francesca Albanese.

Luisa Ballin est une journaliste italo-suisse accréditée à l’ONU, correspondante du magazine Global Geneva/Italo-Swiss journalist Luisa Ballin is a contributing editor of Global Geneva magazine.

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